Rendez-vous
Lieu
Auditorium du musée d'Histoire de Marseille
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Brûlé, jeté, cloué, exhibé... L'argent entre valeur et artifice
La monnaie est communément pensée comme une réalité objective et mesurable dans laquelle seul l’argent marchand, celui qui achète et s'accumule, serait réel. Tout ce qui s'en écarte semble relégué du côté du faux, du superficiel ou de l'illusion. Or, l'anthropologie et l'histoire offrent de nombreux exemples où l’argent est brûlé, cousu en colliers, empilé sur des autels, exhibé, jeté en l’air, et même tiré au pistolet.
Des mariages aux funérailles en passant par le culte des saints ou les soirées en boîtes de nuit, des sommes considérables sont ostentatoirement montrées, maltraitées et dépensées pour afficher une forme de richesse, qu’on soit pauvre ou fortuné. La monnaie est aussi utilisée à des fins rituelles, comme en Chine où des billets en papier ressemblant à ceux d'une banque sont brûlés et jetés au bord des routes pour satisfaire les morts. Partant d'exemples tirés du monde entier (Chine, Afrique, Inde, Amérique Latine...) et de notre histoire (Moyen-Âge européen), cette table ronde propose de renverser le point de vue d'une raison monétaire qui voit ces pratiques comme des dérèglements d'un usage correct de l'argent. À l’inverse, elles peuvent être vues comme des révélateurs de ce que l’argent fait réellement aux humains : organiser les relations et créer de la valeur. Il se joue certes dans ces pratiques des formes de prestige, de simulation et d'artifice, mais ceux-ci ne sont pas là pour cacher la "véritable valeur monétaire". Ils constituent plutôt une fiction, cette pratique fondamentalement humaine consistant à rompre ostentatoirement avec le réel afin d'agir sur lui. En ce sens, l'argent et le capitalisme n’échappent pas à son empire, comme a pu le montrer l'économiste Karl Polanyi. Réintroduire la fiction au cœur de la réflexion sur l'argent, c'est aussi montrer que, contrairement à ce qu'affirme la fable du troc, le marché et l'économie n'ont pas le monopole de l'argent et que l'équivalence entre monnaie et marchandisation n'a rien d'une fatalité.