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Lieu
Musée d'Histoire de Marseille
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De l’argent pour subvenir aux besoins des défunts
Des pièces de monnaie mises au jour dans des sépultures antiques découvertes à Marseille, des billets monnaies offerts en offrande en Chine, le monde des morts n’échappe pas au pouvoir de l’argent. Rencontre avec Manuel Moliner, archéologue, Hélène Bloch, anthropologue du religieux, en dialogue avec le duo d’artistes Benoit+Bo, auteurs-concepteurs de l’installation artistique « Des papiers-monnaie d’offrande de Taïwan aux monnaies de l’enfer ».
Des papiers-monnaie d’offrande de Taïwan aux monnaies de l’enfer
Dans certaines traditions chinoises, il existe un autre « argent » : les billets d’offrande, parfois appelés « billets de l’enfer ». Leur circulation ne relève pas du marché, mais du monde invisible. Fabriqués pour être brûlés lors de rituels, ils sont destinés aux défunts et aux divinités. Leur valeur ne dépend pas d’une économie matérielle, mais d’une croyance partagée et de l’efficacité du geste. Ici, l’argent ne s’accumule pas : il se transforme et disparaît pour rejoindre l’au-delà.
Cette pratique ancienne, toujours vivante dans plusieurs régions d’Asie, trouve un écho inattendu dans l’Antiquité européenne. Dans le monde antique, des monnaies étaient parfois déposées auprès des morts, dans des gestes rituels associés au passage vers l’au-delà ou aux relations symboliques entre vivants et défunts.
À partir de billets collectés à Taïwan et d’œuvres du duo d’artistes Benoit+Bo revisitant cette tradition, l’installation présentée au Musée d’histoire de Marseille dans le cadre du festival Allez Savoir propose un déplacement d’une approche anthropologique vers une création contemporaine. Elle interroge notre propre rapport à l’argent. Car notre système monétaire repose lui aussi sur une forme de croyance collective. Mais là où l’offrande favorise le lien et la circulation, l’économie actuelle tend vers une accumulation sans limite.
Les œuvres de Benoit+Bo présentées reprennent les codes visuels des billets de banque et des billets d’offrande et associent images de catastrophes contemporaines et signes de richesse ou de beauté. Ce contraste met en lumière les effets d’un système fondé sur la production infinie de biens, dont les conséquences menacent aujourd’hui les conditions mêmes de la vie.
En révélant l’argent comme une construction symbolique, les artistes ouvrent un espace critique : que vaut vraiment ce qui n’a pas de prix ?